mardi 20 septembre 2016

Tremblements de mère ou l'article retrouvé




Ainsi nous en étions là, loin de son travail, loin de ma fac, dans notre trois pièces.
Moi recouverte de lait maternel, lui n'ayant pas pris de douche depuis deux jours. Il suffisait d'un coup d'oeil pour remarquer les biberons un peu éparpillés partout dans la maison, ainsi que les bavoirs, les langes, la crème pour mamelons, et les tétines. La vaisselle n'était pas faite, le linge pas plié, la machine à laver encore pleine. Il fallait se l'avouer nous étions débordés. Notre vie fut balayée en trois semaines, tout ce en quoi je croyais, tout ce que je pensais être vérité était devenu mensonge.



A peine familiarisée avec mon corps de femme enceinte il fallait déjà que j'en fasse le deuil.
Comme si la nature savait quel temps limite il ne fallait pas dépasser pour éviter de faire d'un état passager un état fixe.

Ce matin là, je me suis réveillée dans une chambre rose pâle, avec une grande fenêtre sur ma gauche.
Une fenêtre qui laissait voir un paysage gris, brumeux, triste. Un paysage témoignant de la gravité d'un évènement passé durant nuit. Les restes d'une nuit lourde et douloureuse.
C'est seulement après que j'ai remarqué la présence d'un petit berceau transparent. Un berceau qui ressemblait plus à une grosse bassine qu'à un berceau. Il y avait un tout petit être fragile dedans, dormant à points fermés. C'était un inconnu. J'ai eu pour réflexe de regarder mon ventre, et de constater à quel point il pouvait être vide et flasque. Mon regard alternait entre mon ventre et ce tout petit bonhomme à coté de moi dans sa grosse bassine transparente. Ce n'était pas lui. Cela ne pouvait pas être lui. Je ne le reconnaissais pas. Cet enfant n'était pas sorti de moi, il m'était impossible de me l'associer. Je l'ai longuement, très longuement observé. Puis quand il s'est enfin réveillé, j'ai été frappé par sa ressemblance avec moi à la naissance. Je ne pouvais plus nier l'évidence, c'était ma copie.

 Le problème, est que je me suis toujours trouvée affreuse bébé. Donc je ne l'ai pas trouvé beau, je l'ai trouvé moche comme moi. Pourtant lorsque la sage femme me l'avait posé sur le ventre, je me souviens l'avoir trouvé le plus du monde. Cette première journée a été rythmée par la distance et la méfiance. Tout le monde le trouvait beau excepté moi. La culpabilité m' envahissait. Je ne savais pas encore que tout cela était dû à la chute d' hormones et au baby blues qui s'installaient doucement. Les futures mamans s'inquiètent énormément de l'accouchement, qui finalement n'est pas un moment si terrible que ça. Elles devraient s'inquiéter plus de ce qui se passe après l'accouchement. De cet amour que vous êtes incapable de ressentir, de ce sentiment de perdition qui vous envahit, de la fatigue et de la douleur accumulée. De comprendre que désormais vous ne serez plus jamais seule, qu'a vie vous êtes responsable d'une vie, d'apprendre que bientôt vous allez dépasser toutes vos limites. Que ce soit au niveau de la douleur, de la fatigue, de l'amour, de la persévérance...vous vous dépasserez entièrement comme jamais vous n'auriez pu l'imaginer. 

J'ai été abattu par l'ironie d'avoir donné la vie et d'avoir eu ensuite l'envie de me donner la mort.

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